Adieu au productivisme ?

Giorgio de Chirico, Intérieur métaphysique (avec grande usine), 1916

A propos de « L’âge productiviste. Hégémonie prométhéenne, brèches et alternatives écologiques », Serge Audier, Editions La Découverte, 2019

Serge Audier a produit un livre érudit, méticuleux et ramifié, qui remonte aux racines de la pensée écologiste, à ses auteurs oubliés, à ses rameaux écartés par les branches dominantes de la pensée et de la politique, porteuses du productivisme énoncé ou dénoncé par le titre. Ce productivisme est le lieu commun des idéologies et des politiques rivales qui ont dominé le XXe siècle après l’affirmation et la diffusion de la révolution industrielle. Le leitmotiv du livre, c’est l’idée que cette pensée écologiste est restée longtemps dispersée sur l’ensemble du spectre des différentes familles intellectuelles et politiques, si bien que la tentation facile est de l’annexer à telle ou telle composante de ce spectre. Au sein de chacune de ces familles, elle est restée un parent pauvre, quand bien même elle a partagé avec elle des références et des inspirations. Et elle a donc aussi été contaminée par les déviances propres à ces familles : l’héritage livré par les réflexions écologistes précoces n’est ni pur, ni vierge, en particulier des idéologies du XXe siècle et des drames qu’elles ont contribué à engendrer.  Serge Audier  s’écarte d’une histoire « monolithique » de la pensée écologiste pour faire revivre la diversité de ses références, de ses affiliations, de ses positionnements. Cette histoire intellectuelle a une portée heuristique et politique en « défatalisant » l’histoire tout court : elle rappelle que des penseurs ont tenté d’imaginer d’autres mondes que celui où nous baignons aujourd’hui. Lire la suite « Adieu au productivisme ? »

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