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Crimes sans châtiment

Ou : ce que l’impunité dit d’une société et ce qu’elle lui fait.

Les films d’Andreï Zviaguintsev dissèquent au scalpel la société russe, montrant en une coupe verticale le haut et le bas, le bas domestique qui tente de se tenir à distance du haut brutal et tyrannique. Mais la logique duale du pouvoir arbitraire et de la soumission fataliste diffuse par porosité dans la société et contamine l’intimité familiale.

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Pourquoi Mélenchon n’est pas mon antidote face à Le Pen

Qui sera en mesure de battre Marine Le Pen ? Face au danger qu’elle représente, je conserve et j’exercerai ma liberté de choix. Et, comme lors de précédentes échéances, je reçois force d’injonctions, plus prosélytes qu’amicales, à me montrer utile et à voter Mélenchon, considéré dans une image pieuse circulant sur les réseaux sociaux comme « le digne et unique représentant du peuple français » (sic). Des célébrités s’y mettent. Le cinéaste Robert Guédiguian, dont j’aime bien les films, joue la culpabilisation : s’il manquait juste ta voix à Mélenchon pour être au second tour… L’écrivain François Bégaudeau fait dans un registre plus agressif et grossier et sans doute inefficace, qui n’encourage pas à ouvrir ses livres, en traitant d’emblée de salaud l’électeur de gauche qui ne votera pas Mélenchon au premier tour. Je vais donc expliquer posément, un peu longuement, pourquoi je ne considère pas Mélenchon comme le meilleur concurrent à opposer à Marine Le Pen. Ce n’est pas réductible aux irritants et aux outrances dont Mélenchon est coutumier, même si ces comportements jouent leur rôle. Et ça remonte loin, à une vingtaine d’années, loin dans l’espace aussi, puisque ça commence par l’Amérique latine : nous n’avons pas la même vision des problèmes du monde et le fossé s’est creusé au fil du temps. Si on me dit que l’élection présidentielle concerne la France et pas le monde, je répondrai par une banalité : le sort de notre pays est aujourd’hui partie prenante de celui du monde perturbé auquel nous appartenons et la manière de faire face à ces désordres du monde est pour moi décisive. En route pour un petit voyage. [le texte en pdf est téléchargeable ici ]

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L’amour au temps de Mao

Puisque c’est jour de commémoration de la mort, il y a juste un demi-siècle, du grand timonier, commémorons de façon un peu irrévérencieuse, grâce au livre du romancier chinois Lian Yanke, grand maître du burlesque historique, publié en Chine au début du millénaire mais publié en français seulement en 2025, dans une traduction héroïque de Pierre-Mong Lim aux éditions Picquier, « Dur comme l’eau », un roman dramatiquement et érotiquement désopilant, quitte à faire dans l’oxymore, mais après tout, la révolution culturelle était le temps des oxymores puisqu’il s’agissait notamment de rééduquer les maîtres par le verbe et la violence de jeunes ignorants. Le livre échappa à la censure, mais, par la suite, au fur et à mesure de l’écriture d’autres œuvres licencieuses, Yan Lianke joua au chat et à la souris avec la censure. Il vit toujours en Chine.

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Des économistes en quête de souffle démocratique

Faisant le constat bien documenté d’un état de fatigue et défiance démocratiques, le Conseil d’Analyse Economique (assemblée d’experts auprès du Premier Ministre)[1] s’interroge sur les réformes institutionnelles susceptible d’enrayer cette dégradation qui est plus marquée en France que chez nos voisins européens, atteint un seuil critique et va à l’encontre d’une performance satisfaisante des politiques publiques, notamment en minant le consentement à l’impôt et en fragilisant les arbitrages collectifs. C’est l’objet de la note « Face à l’essoufflement démocratique, réformer les institutions » par Pierre C. Boyer et Vincent Pons, membres du CAE[2]. La légitimité de cette incursion des experts économiques sur le terrain des réformes institutionnelles est justifiée par cette préoccupation de bonne performance des politiques publiques. Les auteurs précisent prudemment que leurs propositions restent inscrites dans le cadre constitutionnel inchangé de la 5e République. Ce ne sont cependant pas de simples réformes techniques, car elles touchent à l’équilibre des pouvoirs au sein des institutions politiques et visent aussi à répondre aux attentes de la société civile, qui expérimente aujourd’hui d’autres modes de participation politique que la seule participation électorale.

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Les élections municipales, respiration démocratique ?

En un temps où la vie politique nationale étouffe dans les impasses où elle s’est égarée, les élections municipales offrent-elles un moment de respiration démocratique ? Une régénération par la priorité aux affaires et aux intérêts locaux, là où des compromis positifs peuvent s’esquisser entre des partenaires liés par un même ancrage territorial ?  [pdf téléchargeable du texte ici]

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La malédiction de l’architecte

Dans les années 1980, je passais assez régulièrement, pour des raisons professionnelles, par la grande dalle de la Défense (31 ha !), ventée et minérale, pas du tout convaincu par cet urbanisme d’affaires qui résonnait de fait avec l’époque. Je suis allé quelquefois dans le labyrinthique centre commercial des Quatre Temps, en m’y perdant. Et puis, lorsque j’ai vu s’ériger la Grande Arche (un quasi-cube ajouré de 110 mètres de côté), j’ai trouvé que c’était plutôt une bonne idée pour donner un autre souffle à ce quartier, ainsi rattaché à la perspective de l’axe historique parisien courant du Louvre à l’arc de Triomphe mais aussi ouvert, de l’autre côté, sur la banlieue nanterroise (les portes de Paris qui passent sous le périphérique sont en général fort déprimantes). Et lorsque l’arche fut achevée en 1989, j’ai trouvé en effet que la sublimation était réussie – même si les aléas de tous ordres ont empêché que l’édifice soit pleinement approprié par les Franciliens.

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Berlinguer, la nostalgie d’un échec

Une soirée de nostalgie cinématographique. Mais que choisir ? Le couple Montand-Signoret (« Moi qui t’aimais », de Diane Kurys)? Non, un homme de la même génération, car tous nés au début des années 1920, mais en nettement moins glamour : « Berlinguer, la grande ambition », du cinéaste italien Andrea Segre. Qui se souvient d’Enrico Berlinguer ? Les Italiens sûrement et, d’ailleurs, le film fut un grand succès en Italie à sa sortie en 2024. En France, il le sera inévitablement beaucoup moins, mais mérite d’être vu, ne serait-ce que pour avoir une sensation de saveur de l’Italie des années 1970. Le film incorpore nombre de pièces d’archives qui rendent cette saveur.

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Les Etats-Unis dans tous leurs états

Je me suis laissé entrainer par mes petits-fils à aller voir le dernier Superman, lequel n’a jamais été ma tasse de thé depuis qu’enfant, j’en suivais les aventures en BD feuilletonnesque dans le quotidien régional que lisaient mes parents. J’avais mis un temps à comprendre que Clark Kent était l’avatar terrestre de Superman (comme Don Diego pour Zorro). J’ai donc vu le film de James Gunn et je me suis pris au jeu. Il faut dire que la débauche d’effets spéciaux enchainés tambour battant dans des paysages fantasmagoriques, au voisinage de la vitesse de la lumière, vous embarque sans coup férir et ne vous laisse pas de répit : on ne s’endort pas.

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L’humour au temps de la guerre, technique de survie

Quand on devient familier d’un écrivain parce qu’on l’a lu depuis longtemps et régulièrement, fidèle au rythme et au style de ses publications, cette familiarité reste cependant quelque peu abstraite, comme celle d’un personnage un peu fantomatique qui vous accompagne sans que, comme lecteur, on puisse le connaitre vraiment. Et lorsque l’occasion se présente, c’est un peu comme si rencontrer le romancier, c’était aussi rencontrer un personnage de ses romans. Andreï Kourkov, romancier ukrainien de langue russe né près de Leningrad et citadin de Kiev, passant désormais à l’écriture en ukrainien notamment dans ses livres pour enfants, est un écrivain dont le personnage attachant confirme l’humanisme teinté d’une douce ironie qui émane de ses livres.

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