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Député-e-s et chercheur-e-s face à l’évaluation des politiques publiques

En France, le mouvement vers une meilleure évaluation des politiques publiques et de leur impact effectif, avant, pendant et après leur mise en œuvre, n’a rien d’une avancée linéaire et irréversible. Il est marqué, sur la longue période, par les hésitations, les tentatives, les retours en arrière. Il manifeste une grande diversité de pratiques évaluatives, en fonction notamment des acteurs et des experts qui s’y livrent, des niveaux institutionnels où ils évoluent : c’est un champ traversé par d’actives controverses. Dans tous les cas, la conciliation entre la délibération politique et l’évaluation savante, entre leurs temporalités respectives ne va pas de soi. Mais que les institutions publiques soient conduites à faire effort pour une meilleure évaluation de l’impact de leurs politiques et à se soumettre ainsi à une exigence renforcée de responsabilité sera bénéfique à terme au sens de l’action publique et à sa réception par les citoyens. Lire la suite « Député-e-s et chercheur-e-s face à l’évaluation des politiques publiques »

Social Thriller(s) : à propos du film de Stéphane Brizé, « En guerre »

Le film de Stéphane Brizé, son titre, sa matière et ses personnages, ne sont pas sans évoquer un précédent littéraire récent, le roman de Nicolas Mathieu, Aux animaux la guerre[1]. Dans ce roman, le drame de la fermeture de l’usine de sous-traitance automobile Velocia frappe une rude vallée vosgienne. Martel, le secrétaire du comité d’entreprise, relève le gant. Martel n’est pas une pure icône du syndicalisme, il porte avec lui son passé et ses ratés, ses potes un peu douteux et sa vieille mère malade. Un zeste de charisme, un sens des rapports de force, une volonté d’être en ont fait l’élu du personnel, dépositaire de la confiance de ses collègues. Lourd fardeau. Il affronte la direction de l’entreprise et ses émissaires parisiens, dont l’avenante DRH, non sans pragmatisme ni quelques arrangements. Mais, fauché, il va s’embringuer, parallèlement au drame social, dans une drôle d’histoire, à ses risques et périls, jusqu’à réveiller les remugles de la guerre d’Algérie et l’ire des réseaux de proxénétisme. Sa relation avec l’inspectrice du travail en charge de l’entreprise, forte tête empathique et obstinée, n’en sortira pas indemne. Autour, des familles quelque peu déglinguées, des  jeunes plus ou moins décrocheurs, qui oscillent entre la rage de vivre et la perdition. Lire la suite « Social Thriller(s) : à propos du film de Stéphane Brizé, « En guerre » »

Relire « Nations et nationalisme », d’Ernest Gellner

Ernest Gellner (1925-1995), anthropologue et sociologue britannique d’origine tchèque inscrit dans les filiations weberienne et durkheimienne, a proposé dans son ouvrage publié en 1983, Nations and nationalism (Basil Blackwell, Oxford), et édité en français par Payot en 1989, une vision décapante du phénomène nationaliste, qu’il est utile de relire à l’heure de ses résurgences.

Ce livre, qui démarre par une définition limpide (« Le nationalisme est essentiellement un principe politique, qui affirme que l’unité politique et l’unité nationale doivent être congruentes »), est stimulant autant qu’incertain, ou inachevé : il apporte des éclairages fulgurants sur l’idée nationale, sans éviter parfois des énoncés unilatéraux ou contradictoires. Il n’offre pas une synthèse définitive, mais il aide à penser le nationalisme, non pas comme un archaïsme, mais comme un phénomène consubstantiel aux sociétés modernes issus de la révolution industrielle. Et il ne faut donc pas s’étonner de ses résurgences, quand bien même elles recyclent habilement un passé mythifié. Lire la suite « Relire « Nations et nationalisme », d’Ernest Gellner »

La gouvernance par les nombres, pour une articulation de la raison juridique et de la raison statistique (introduction)

Joseph Albers, Vitrail

J’ai publié dans le numéro 98, 2018/1 de la revue Droit et Société, un article à propos des controverses sur « la gouvernance par les nombres ». Sur la base d’une discussion attentive de l’approche développée par le juriste Alain Supiot, je prône une entente solide entre la raison juridique et la raison statistique et j’avance quelques arguments en cette direction. Ce billet reprend l’introduction de l’article dont la version complète peut être téléchargée ( JFayolle.GouvNombres.DroitSociété98-11 ) Lire la suite « La gouvernance par les nombres, pour une articulation de la raison juridique et de la raison statistique (introduction) »

Les enfants rebelles du paritarisme

La réforme de la formation professionnelle, annoncée ce lundi 5 mars 2018 par la Ministre du Travail Muriel Pénicaud, est présentée comme une « réforme systémique » allant au-delà de l’accord national interprofessionnel du 22 février sans pour autant le renier. Savoir si, par la méthode comme par le contenu, elle sonne le glas du paritarisme gestionnaire prendra un peu de temps[1]. Mais il est utile de revenir sur quelques aspects de la généalogie de cette réforme pour apprécier l’ambition et la résolution des artisans du big-bang. Lire la suite « Les enfants rebelles du paritarisme »

La mémoire des crises est-elle utile ?

Rue Ordener, Paris, 2015

A propos de Ben Bernanke, « Mémoires de crise », Seuil, 2015

«  Les entreprises et les riches ont beaucoup de pouvoir, certes, mais dans le monde réel la plupart des malheurs surviennent à cause de l’ignorance, de l’incompétence ou de la malchance, pas à la suite de grands complots ». Cette phrase (p.451 de  l’édition française de l’ouvrage) est sans doute révélatrice de la philosophie personnelle de l’auteur. Ben Bernanke, universitaire réputé pour ses travaux sur la crise des années trente, républicain modéré, désemparé et effrayé par la dérive de son parti vers « l’obscurantisme de l’extrême droite », se déclarant donc aujourd’hui « indépendant modéré », a été président de la Réserve fédérale des Etats-Unis de 2006 à 2014. Lire la suite « La mémoire des crises est-elle utile ? »

Le syndicaliste, l’élu et l’expert

A.R. Penck, Grand Tableau-monde, 1965

J’ai publié ce texte en avril 2016 sur le réseau LinkedIn, au moment des controverses sur la loi El Khomri réformant le marché du travail. Je le reprends ici car les ordonnances adoptées dès le début du quinquennat d’Emmanuel Macron (voir l’analyse de Jacques Freyssinet sur La genèse des ordonnances portant réforme du Code du travail) aiguisent encore plus un enjeu qui traverse, depuis trois à quatre décennies, le paysage social français : la décentralisation de la négociation collective vers l’entreprise et la portée prédominante que prend la négociation d’entreprise interpellent la capacité de l’acteur syndical à s’emparer à bras le corps de cette négociation et à peser sur ses résultats. Or il n’y a rien de moins évident que l’empowerment (ce terme né aux Etats-Unis qui désigne le gain de capacités, d’autonomie, de pouvoir) du syndicalisme local, ancré dans l’entreprise. Lire la suite « Le syndicaliste, l’élu et l’expert »

Défrichage, Déchiffrage

Ce blog s’efforce de proposer des réflexions approfondies sur des sujets politiques, économiques, sociaux,… d’actualité. Pas toujours d’une actualité parfaitement immédiate mais souvent d’une actualité latente ou sous-jacente aux vibrations événementielles.

Il entend réagir aussi à des ouvrages, des articles, des expressions artistiques, des interventions diverses qui s’inscrivent dans cette actualité en apportant un point de vue éclairant ou opportunément perturbant pour les visions trop bien ou trop vite établies du cours des choses.

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