Pordic, entre bourg et ville

Dans les débats qui animent la commune de Pordic et son devenir, surgit de manière récurrente la question de savoir si elle doit rester un bourg ou accepter plus résolument un destin urbain de ville à part entière [article en pdf téléchargeable ici].

Sans que ce soit parole d’évangile, il est utile de regarder comment l’INSEE tranche, au moins provisoirement, ce débat. L’INSEE a actualisé en 2020 la définition de ses nomenclatures territoriales en privilégiant désormais un critère de densité de population, plutôt que de continuité du bâti, pour distinguer entre l’urbain et le rural. « Au niveau plus agrégé en trois niveaux typiques, la grille de densité définit l’urbain dense, l’urbain intermédiaire et le rural. La grille en sept niveaux de densité raffine les deux derniers niveaux en les segmentant chacun en trois, depuis les grands centres urbains jusqu’aux communes à habitat très dispersé »[1]. Les dénominations de ces catégories détaillées sont visibles en légende de la carte ci-dessous, centrée sur le sud de la baie de Saint-Brieuc.  Il ne s‘agit pas d’un simple critère arithmétique de densité car l’INSEE précise que l’appartenance à un niveau de la grille n’est pas seulement liée à la densité moyenne de population calculée sur l’ensemble de la commune (incluant les surfaces non habitées comme les bois et les champs), elle prend aussi en compte la présence au sein de la commune de zones concentrant un grand nombre d’habitants sur une faible surface.

Source : grille de densité INSEE.
Les chiffres entre parenthèses indiquent le nombre de communes dans chaque catégorie.

Sur la carte précédente, Pordic n’appartient pas au « centre urbain » constitué du quatuor Saint-Brieuc Ploufragan – Trégueux – Langueux, mais ne relève pas non plus de la « ceinture urbaine », à la différence de sa voisine Plérin, et n’est pas non plus une « petite ville », comme l’est sa voisine nordique Binic – Etables-sur-mer. Pordic est une commune considérée par l’INSEE comme un « bourg rural », qui s’intercale en quelque sorte dans la continuité urbaine du littoral sud du Goëlo. Si, en raison d’évolutions en cours ou à venir, Pordic devait devenir une ville au sens de l’INSEE, la commune contribuerait ainsi à une continuité urbaine plus affirmée de ce littoral sud : ce n’est pas qu’une affaire pordicaise. Certes, la typologie de l’INSEE relève de critères conventionnels et descriptifs, ce qui ne veut pas dire arbitraires, et ne préjuge pas des choix politiques. Mais elle souligne la spécificité de Pordic dans le paysage communal du Goëlo. Bien sûr, Pordic fait partie de « l’aire d’attraction » de Saint-Brieuc, la notion d’aire attraction d’un centre urbain étant géographiquement plus large.

Dans quelle mesure les évolutions démographiques en cours à Pordic éclairent-elles cette spécificité et son devenir ? Cette note utilise les informations statistiques publiques produites par l’INSEE, notamment celles du recensement, accessibles sur son site, pour décrire les principales caractéristiques de sa population[2]. Les chiffres de l’INSEE sont relatifs à l’actuel périmètre de la commune (Pordic et Tréméloir), même lorsqu’ils sont antérieurs à la fusion du 1er janvier 2016 entre les deux communes préexistantes.

Une croissance démographique modérée et ralentie… jusqu’à présent

Combien d’habitants ?

Le recensement réalisé par l’INSEE permet de mesurer la « population de référence millésimée » pour une année donnée. La dernière mesure disponible est la population millésimée 2022, entrée en vigueur le 1er janvier 2025. Cette notion, définie par décret et importante pour les procédures administratives, est nécessairement approximative : la population légale millésimée 2022 est établie à partir des informations collectées lors des dernières enquêtes de recensement de 2019 à 2024 et ramenée à l’année intermédiaire 2022. La population totale additionne la « population municipale » et la « population comptée à part ». Cette dernière regroupe notamment les étudiants dont la résidence familiale est sur le territoire de la commune mais qui résident ailleurs pour leurs études.

Tout compris, il y avait donc 7610 habitants en 2022 à Pordic : c’est la population de référence qui prévaut désormais jusqu’à la prochaine échéance du recensement.

Une population qui continue à croitre par de nouvelles arrivées, à un rythme ralenti

Entre 2016 et 2022, la population pordicaise continue à croitre (+0,7% par an) mais loin du pic de croissance enregistré entre 1975 et 1982 (+3,4% par an) et à un rythme ralenti par rapport à celui enregistré entre 2011 et 2016 (+1%). L’accroissement naturel, résultant de la différence entre les naissances et les décès, a été maximal entre 1999 et 2006 (+0,5% par an) et il est désormais légèrement négatif (-0,2% entre 2016 et 2022): depuis 2017, les décès sont systématiquement supérieurs aux naissances et l’écart tend à s‘accentuer. Ce sont les nouvelles arrivées dans la commune qui nourrissent désormais sa croissance démographique plus lente. Cette composante venue de l’extérieur n’accélère pas mais reste supérieure au rythme enregistré pour l’ensemble de l’agglomération de Saint-Brieuc (SBAA) : l’attractivité de Pordic est meilleure que celle, en moyenne, de l’agglomération.



Vers un nouveau boom démographique à Pordic ?

Jusqu’aux années récentes, le ralentissement de la croissance démographique pordicaise l’emporte donc. Cette évolution contraste avec les perspectives envisagées pour la décennie à venir. Dans une enquête pour le quotidien Le Télégramme (26 juin 2025), le journaliste Julien Molla évoque 900 à 2000 habitants supplémentaires sur les cinq ans à venir et 741 nouveaux logements d’ici 2035. Dans un entretien pour le magazine municipal La Pordicaise (n°12, septembre-octobre 2025), le maire Joël Batard parle de 1300 habitants supplémentaires « dans les prochaines années ». Mais il indique un peu plus loin, dans le même entretien, que le Programme Local de l’Habitat de SBAA fixe pour Pordic un objectif de 246 logements sociaux à livrer au cours du prochain mandat municipal et que, si ces logements devaient relever de la promotion privée, 820 logements collectifs au total devraient être construits, correspondant à 1800 nouveaux habitants, « un rythme que nous ne souhaitons pas subir »  selon le maire. Il y a donc du flou à la fois sur l’horizon (2030 ? 2035 ?) et le nombre d’habitants supplémentaires (en gros une fourchette du simple au double, de 1000 à 2000). Il n’en reste pas moins que, si l’on prend une hypothèse médiane (+ 1500 habitants en dix ans, d’ici 2035), ce serait une dynamique de croissance de la population qui trancherait avec le ralentissement récent : près de 20% d’habitants supplémentaires en dix ans, soit +1,8% par an, un taux jamais enregistré depuis le boom démographique pordicais de la deuxième moitié des années 1970. Si ces nouveaux habitants devaient être accueillis au cours du prochain mandat municipal de six ans, ce taux de croissance annuel passerait à 3%. Dans tous les cas de figure, ce serait évidemment un facteur de mutation de la commune.

Est-ce réaliste ? Est-ce souhaitable ? La croissance de la population est considérée par le maire comme « quasiment inévitable », ce que ne corroborent pas les évolutions récentes. C’est évidemment dépendant des politiques qui porteront conjointement sur l’offre de logements et l’urbanisme (densification du centre-bourg, nouveaux lotissements).

Revenons aux évolutions récentes observées par le recensement

Le vieillissement de la population pordicaise continue et s’accentue

C’est à la fois une cause et une conséquence du ralentissement observé de la croissance démographique : la population pordicaise vieillit. La part des générations d’âge supérieur à 45 ans augmente depuis 2011 et c’est l’inverse pour les générations plus jeunes. Le vieillissement ne relève pas que de la part accrue des retraités, puisque les plus de 45 ans incluent évidemment des personnes qui sont encore d’âge actif : à cet égard, c’est de la « maturation » autant que du vieillissement ! Mais, depuis 2016, c’est notamment la part des plus âgés, d’âge supérieur à 75 ans, qui augments significativement et leur part est désormais supérieure à 10%. 

Ce vieillissement interfère avec les perspectives démographiques envisageables : le vieillissement des habitants déjà installés à Pordic et l’accueil de nouvelles générations retraitées n’ont pas les mêmes implications, en termes de logement et de services, que l’arrivée plus importante de générations plus jeunes ; si l’on souhaite attirer ces dernières pour relancer la dynamique démographique, il y sans doute matière à s’interroger sur l’offre de services en direction de l’enfance et de la jeunesse.

L’examen de la pyramide des âges en 2022 confirme cette interrogation : sa base est devenue très étroite pour les enfants les plus jeunes (moins de 10 ans et encore plus moins de 5 ans) et cette étroitesse s’accentue par rapport à 2011 et 2016. C’est sans doute corrélé à la relative faiblesse de la part des trentenaires et des jeunes quadra (leurs parents effectifs ou potentiels). C’est à partir du seuil de 45 ans et surtout 50 ans que les générations deviennent plus nombreuses. Sans doute la difficulté d’accès au marché immobilier pour les jeunes générations y est-elle pour beaucoup. Quant au creux relatif aux jeunes gens dans leur vingtaine, il s’explique sans doute largement par les départs pour études et/ou le premier emploi.

Une pluralité de modèles familiaux, une mixité sociale

En 2022 : 3300 ménages, dont 2250 familles (1100 avec enfants et 1150 sans enfants)

Ce sont là des chiffres arrondis pour faire ressortir les ordres de grandeur découlant des chiffres détaillés du premier tableau ci-dessous. Ces chiffres signifient aussi qu’il y a plus d’un millier de personnes vivant seules, très majoritairement des femmes. Le graphique montre que la croissance de la proportion de personnes seules a surtout tendance à progresser aux âges médians (25 à 64 ans), mais cette proportion reste bien plus forte pour les personnes de plus de 80 ans. La part des familles monoparentales (272 en 2022) progresse aussi sensiblement. La conséquence de ces évolutions dans la composition des ménages est une baisse continue, en un demi-siècle, du nombre moyen d’occupants par résidence principale, passé de 3,5 en 1968 à un peu plus de 2 en 2022.

En 2022, la répartition de la population en fonction de l’ancienneté d’emménagement montre à la fois un vieux fond pordicais et une part importante de néo-pordicais relativement récents : désormais, près de la moitié des ménages sont installés depuis moins de 10 ans.


Une prédominance des catégories sociales moyennes et des retraités

La part des retraités dans la population des plus de 15 ans s’élève au fil du temps et a désormais dépassé le tiers (36,5 % en 2022 contre 30,8% en 2011). Pour la part de la population en activité professionnelle, Pordic fait preuve d’une mixité sociale appréciable, avec une prédominance des employés et des professions intermédiaires[3]. Le niveau d’éducation s’élève : la proportion des diplômés du supérieur dans les plus de 15 ans ayant quitté l’école dépasse atteint désormais 40%, alors qu’il était de l’ordre du tiers en 2011.


Une situation dominante : habiter à Pordic et travailler dans l’agglomération

Les habitants de Pordic travaillent beaucoup mais guère à Pordic !

C’est une affirmation un peu expéditive pour exprimer la situation dominante : 1270 emplois sont localisés sur le territoire de Pordic tandis que 3150 habitants de Pordic disposent d’un emploi.

Le taux d’activité des Pordicais de 15 à 64 ans (une personne dite active est présente sur le marché du travail mais pas obligatoirement en emploi) a augmenté de 73,6% à 78,2% entre 2011 et 2022 et le taux d’emploi des personnes actives est passé de 67,1% à 73,3% : ce sont des progressions significatives. Le taux de chômage, mesuré sur les seules personnes actives, est relativement faible : en 2022, 6,3% des Pordicais actifs de 15 à 64 ans étaient au chômage contre 10,6% dans l’agglomération SBAA. Ce taux de chômage a sensiblement décru depuis 2016 (8,4%). Le taux de chômage des Pordicais est proche de la moyenne bretonne tandis que celui de l’agglomération est alourdi par un chômage important dans la ville de Saint-Brieuc (14,8%).

En exagérant, on pourrait dire : les travailleurs sont à Pordic et les emplois dans l’agglomération. L’INSEE calcule un « indicateur de concentration d’emploi » : c’est, sur une zone donnée, le nombre d’emplois pour 100 personnes actives habitant sur cette zone. Il est de 40,3 pour Pordic contre 112,4 pour l’agglomération. C’est un peu plus élevé qu’en 2016 (38,5) mais moins qu’en 2011 (43,7) : Pordic reste principalement une commune résidentielle de personnes actives qui travaillent à l’extérieur de la commune. Et comme certains emplois situés sur le territoire de la commune sont occupés par des personnes extérieures, seule une minorité de Pordicais disposant d’un emploi l’exerce dans leur commune de résidence, environ 500 sur 3150, soit 15,7%. C’est évidemment lié à la structuration économique et urbaine de l’ensemble de l’agglomération et cette situation ne change que lentement, même si l’emploi localisé à Pordic a progressé plus vite entre 2016 et 2022 que dans l’ensemble de l’agglomération (+1,9% par an contre +0,9%) .


Logiquement, plus que dans l’agglomération, les entreprises pordicaises sont davantage concentrées sur les services rendus aux particuliers. On notera une évolution significative depuis 2016 : si, bon an mal an, les créations d’entreprises pordicaises oscillaient autour de la quarantaine par an sur la première moitié des années 2010, une accélération intervient ensuite, portant ce niveau de création à proximité de la centaine par an. Cette accélération concerne très majoritairement les entreprises individuelles. 

Pas de salut sans la voiture

Il  n’y a pas de miracle. le recours à la voiture pour se rendre au travail reste écrasant pour les habitants de Pordic, encore plus que pour l’ensemble des habitants de l’agglomération.

Pordic : ni riche, ni pauvre ?

Le niveau de vie représente le revenu monétaire dont dispose un individu pour vivre, compte tenu de la composition du ménage auquel il appartient [4]. Et lorsqu’on se réfère à la médiane, c’est pour dire que 50% de la population vit en-dessous du niveau médian, 50% au-dessus. Le niveau de vie médian à Pordic est significativement plus élevé que dans l’ensemble de SBAA (25870 € contre 23010 €, par unité de consommation en 2021), où il est notamment déprimé par l’assez faible niveau de vie dans la ville de Saint-Brieuc. On remarquera que les hauts niveaux de vie médians que connaissent certaines communes en France ne sont atteints par aucune commune de SBAA. Le niveau de vie médian des Pordicais est à proximité de celui de leurs voisins de Plérin et de Binic.

Source : grille de densité INSEE.
Les chiffres entre parenthèses indiquent le nombre de communes dans chaque catégorie.

Bien sûr, les inégalités existent à Pordic, sans être autant prononcées qu’en d’autres territoires français : le rapport entre le niveau de vie au-dessus duquel vivent les 10% de Pordicais les plus aisés et celui en-dessous duquel vivent les 10% les plus modestes est de 2,7. Le taux de pauvreté global (la proportion de Pordicais vivant avec moins de 60% du revenu médian) est modéré à Pordic, de l’ordre de 6%, mais il est nettement plus élevé (15%) pour la population minoritaire de locataires (un quart des ménages pordicais sont locataires).

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De ce portrait statistique partiel de Pordic, il faut se garder de déduire trop vite des injonctions directives : les chiffres peuvent se prêter à une pluralité de lectures. Il en ressort néanmoins une impression dominante : la commune de Pordic est dotée de générations actives d’âge mûr bien insérées sur le marché du travail et elle est aussi accueillante aux retraités ; en revanche, elle semble avoir du mal à impulser un renouvellement générationnel passant par l’accueil de jeunes familles avec des enfants. Aussi bien la politique immobilière que la politique en direction de l’enfance sont à cet égard interpellées. Plus qu’une croissance démographique dopée au maximum, sans doute la commune devrait-elle rechercher une croissance générationnellement mieux équilibrée. Et le fait que ce soit une commune mi-rurale mi-urbaine, entre bourg et campagne, entre lotissements et hameaux, est plutôt un atout à cet égard.


[1] « Dessine-moi la ville », Le blog de l’Insee, 12 mai 2025. La cartographie interactive des classifications territoriales, en particulier selon la grille de densité, subdivisée en sept niveaux et liée aux dernières données du recensement, est disponible sur le site de l’INSEE.

[2] Voir en particulier les pages Dossier complet de communes et  Comparateur de territoires du site de l’INSEE. 

[3] Dans la nomenclature INSEE des catégories socio-professionnelles, les « professions intermédiaires » sont à la fois centrales et hétérogènes : deux tiers des membres de cette catégorie groupe occupent effectivement une position intermédiaire entre les cadres et les agents d’exécution (ouvriers ou employés). Les autres sont intermédiaires dans un sens plus figuré : ils travaillent dans l’enseignement, la santé et le travail social. Parmi eux, les instituteurs, les infirmières, les assistantes sociales.

[4] Le niveau de vie des individus d’un ménage est mesuré par l’INSEE en divisant son revenu disponible après impôts par le nombre d’« unités de consommation » au sein du ménage. En effet, le niveau de vie n’est pas divisé par 2 lorsque, pour un même montant de revenu disponible, on passe de 1 à 2 personnes au sein d’un ménage, parce que certaines dépenses (comme le chauffage) ne sont pas multipliées par 2. Ou autre façon de le dire : un célibataire ayant un revenu de 2000 € par mois a un niveau de vie moins élevé qu’un couple de deux personnes percevant chacune 2000 €. Si le ménage comporte une personne, il est composé d’une unité de consommation ; chaque nouvelle personne d’au moins 14 ans augmente le ménage de 0,5 unité de consommation ; chaque enfant de moins de 14 ans l’augmente de 0,3 unité de consommation. Un couple avec deux enfants (un adolescent de 15 ans et un enfant de 12 ans) sera ainsi constitué de 2,3 unités de consommation (1+0,5+0,5+0,3). Le niveau de vie de chaque individu au sein du ménage, identique pour tous les membres du ménage, sera ainsi mesuré en divisant le revenu disponible global du ménage par 2,3. Cette méthodologie est conventionnelle mais c’est une convention validée à l’échelle internationale par les organismes qui étudient l’inégalité des niveaux de vie.

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