Passion d’Europe: entretien avec Philippe Herzog

Philippe Herzog, avec qui j’entretiens un compagnonnage intellectuel et politique de longue période, a publié en octobre 2018 « D’une révolution à l’autre ».

C’est un livre de mémoire et d’espoir, d’expériences et d’engagements. Polytechnicien passé à l’économie, Philippe Herzog fut un acteur de la planification française avant de devenir professeur d’Université. Il s’engage au Parti Communiste Français, dont il devient un dirigeant dans les années 1970, en charge de l’animation de sa section économique. Cet engagement affirme sa dimension européenne lorsqu’il est désigné tête de liste du PCF pour les élections au parlement européen en 1989. J’ai participé à cette liste, en position non éligible, mais pleinement impliqué dans la campagne conduite par Philippe dans un esprit pro-européen à la fois critique et constructif. Philippe Herzog va ainsi inaugurer une séquence de trois mandats de député européen, jusqu’en 2004, alors même qu’il quitte le PCF en 1996. Il s’appuie sur l’association Confrontations Europe, qu’il lance au début des années 1990, pour nourrir son activité au Parlement européen et ses interventions sur les enjeux de la construction européenne, puis devient conseiller spécial auprès de Michel Barnier à la Commission européenne de 2009 à 2014. Cet engagement européen persévérant se poursuit sans relâche jusqu’à aujourd’hui, stimulé par les contradictions et les crises qu’affronte l’Union européenne.

Dans la foulée d’une lecture attentive de son livre, j’ai conduit un entretien avec Philippe Herzog pour le compte du webzine Variances des anciens élèves de l’ENSAE (Ecole Nationale de la Statistique et de l’Administration Economique), qui en publie des extraits. L’intégralité de l’entretien peut être trouvée sur le site du club Europe 21 qu’anime Philippe ou téléchargeable ici : Entretien_J.Fayolle_P.Herzog_Variances_Avril2019

Rififi(s) à Bruxelles

Les élections au parlement européen approchent. Metis Europe publie un dossier Europe 2019. J’y contribue par un article, Le destin européen, entre mémoire, événement et projet, qui mobilise la lecture croisée d’un roman, La Capitale, de l’écrivain autrichien Robert Ménasse et d’un essai, Quand l’Europe improvise, du philosophe néerlandais Luuk Van Middelaar.

Un cochon inconnu et incongru hante les rues de Bruxelles pendant que les services de la Commission européenne s’étripent entre eux, et avec les lobbys, à propos des exportations de porcs européens à destination de la Chine. Le porc européen n’existe d’ailleurs pas vraiment, le cochon est avant tout national. Pour ajouter au trouble du moment, un assassinat mystérieux, vite dissimulé, a lieu dans un hôtel de la si charmante place Saint-Catherine. On apprendra plus tard, au fil de l’enquête d’un obstiné commissaire bruxellois, qu’il a peut-être été exécuté par les services secrets du Vatican pour le compte de l’OTAN… mais Robert Menasse annonce une suite à venir… Lire la suite « Rififi(s) à Bruxelles »

L’économie du bricolage comportemental

A propos de Richard H.Thaler, Misbehaving, Les découvertes de l’économie comportementale, Seuil, 2018

« Un jour où Robert Barro et moi participions à une conférence, il y a plusieurs années, j’ai dit que la différence entre nos modèles était que le sien suppose que les agents soient aussi intelligents que lui, alors que dans le mien ils sont aussi bêtes que moi. Barro fut d’accord avec moi », Richard Thaler, Misbehaving, note de bas de page, p.152.

Dans un précédent texte (Vers la naturalisation de l’homo œconomicus ?),  j’évoquais la convergence ‘naturaliste’ entre les développements des neurosciences et la réflexion économique contemporaine, notamment le courant relevant  de l’économie comportementale : la naturalisation réaliste de l’homo œconomicus serait en cours au travers de cette convergence.

Le livre de Richard Thaler, prix Nobel d’économie 2017, offre une synthèse vivante des développements de l’économie comportementale depuis quelques décennies, certes « cognitivement biaisée »  par la mise en avant de l’itinéraire personnel de Richard Thaler, puisque le livre est écrit sur un ton mémoriel, au demeurant captivant, au travers des péripéties, collaborations et controverses académiques qui sont le sel de la vie universitaire. L’auteur a de l’humour, se prétend paresseux mais tient visiblement à sa reconnaissance comme l’un des maîtres à penser de l’économie comportementale et de l’économie tout court. Le livre porte prioritairement sur le débat académique américain au cours des quatre dernières décennies, ce qui est à peu près le délai pour qu’un courant né marginal aux Etats-Unis, puis s’amplifiant jusqu’à affirmer une certaine hégémonie, voit cette hégémonie se transporter en Europe (tout comme la théorie des jeux, née aux Etats-Unis dans les années 1940, s’imposa comme référence obligée au sein des universités françaises dans les années 1970). A la fin de son ouvrage, Richard Thaler parle même de « nouvelle vulgate » (p.491). Lire la suite « L’économie du bricolage comportemental »

Apte à la retraite ?

Metis Europe publie un dossier « Etre un jeune vieux en 2018 ». J’y ai contribué sous la forme d’une réflexion personnalisée sur « l’examen de passage » à la retraite, située dans les débats d’aujourd’hui. La vie est en effet ponctuée d’épreuves scolaires, administratives, professionnelles, qui contribuent à l’identité de soi et laissent leur marque dans la biographie objective et subjective de chacun. Le passage à la retraite est l’une d’elles, assez peu réfléchie comme telle, tant l’opposition binaire entre les deux états d’actif et de retraité occupe le terrain et masque les enjeux du passage, destin pourtant commun. Cet article publié sur le site de Metis propose quelques réflexions parcellaires issues de l’expérience personnelle : elles n’ont pas vocation à se substituer à une réflexion plus systémique. Lire la suite « Apte à la retraite ? »

Député-e-s et chercheur-e-s face à l’évaluation des politiques publiques

En France, le mouvement vers une meilleure évaluation des politiques publiques et de leur impact effectif, avant, pendant et après leur mise en œuvre, n’a rien d’une avancée linéaire et irréversible. Il est marqué, sur la longue période, par les hésitations, les tentatives, les retours en arrière. Il manifeste une grande diversité de pratiques évaluatives, en fonction notamment des acteurs et des experts qui s’y livrent, des niveaux institutionnels où ils évoluent : c’est un champ traversé par d’actives controverses. Dans tous les cas, la conciliation entre la délibération politique et l’évaluation savante, entre leurs temporalités respectives ne va pas de soi. Mais que les institutions publiques soient conduites à faire effort pour une meilleure évaluation de l’impact de leurs politiques et à se soumettre ainsi à une exigence renforcée de responsabilité sera bénéfique à terme au sens de l’action publique et à sa réception par les citoyens. Lire la suite « Député-e-s et chercheur-e-s face à l’évaluation des politiques publiques »

Relire « Nations et nationalisme », d’Ernest Gellner

Ernest Gellner (1925-1995), anthropologue et sociologue britannique d’origine tchèque inscrit dans les filiations weberienne et durkheimienne, a proposé dans son ouvrage publié en 1983, Nations and nationalism (Basil Blackwell, Oxford), et édité en français par Payot en 1989, une vision décapante du phénomène nationaliste, qu’il est utile de relire à l’heure de ses résurgences.

Ce livre, qui démarre par une définition limpide (« Le nationalisme est essentiellement un principe politique, qui affirme que l’unité politique et l’unité nationale doivent être congruentes »), est stimulant autant qu’incertain, ou inachevé : il apporte des éclairages fulgurants sur l’idée nationale, sans éviter parfois des énoncés unilatéraux ou contradictoires. Il n’offre pas une synthèse définitive, mais il aide à penser le nationalisme, non pas comme un archaïsme, mais comme un phénomène consubstantiel aux sociétés modernes issus de la révolution industrielle. Et il ne faut donc pas s’étonner de ses résurgences, quand bien même elles recyclent habilement un passé mythifié. Lire la suite « Relire « Nations et nationalisme », d’Ernest Gellner »

La gouvernance par les nombres, pour une articulation de la raison juridique et de la raison statistique (introduction)

Joseph Albers, Vitrail

J’ai publié dans le numéro 98, 2018/1 de la revue Droit et Société, un article à propos des controverses sur « la gouvernance par les nombres ». Sur la base d’une discussion attentive de l’approche développée par le juriste Alain Supiot, je prône une entente solide entre la raison juridique et la raison statistique et j’avance quelques arguments en cette direction. Ce billet reprend l’introduction de l’article dont la version complète peut être téléchargée ( JFayolle.GouvNombres.DroitSociété98-11 ) Lire la suite « La gouvernance par les nombres, pour une articulation de la raison juridique et de la raison statistique (introduction) »

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