Faisant le constat bien documenté d’un état de fatigue et défiance démocratiques, le Conseil d’Analyse Economique (assemblée d’experts auprès du Premier Ministre)[1] s’interroge sur les réformes institutionnelles susceptible d’enrayer cette dégradation qui est plus marquée en France que chez nos voisins européens, atteint un seuil critique et va à l’encontre d’une performance satisfaisante des politiques publiques, notamment en minant le consentement à l’impôt et en fragilisant les arbitrages collectifs. C’est l’objet de la note « Face à l’essoufflement démocratique, réformer les institutions » par Pierre C. Boyer et Vincent Pons, membres du CAE[2]. La légitimité de cette incursion des experts économiques sur le terrain des réformes institutionnelles est justifiée par cette préoccupation de bonne performance des politiques publiques. Les auteurs précisent prudemment que leurs propositions restent inscrites dans le cadre constitutionnel inchangé de la 5e République. Ce ne sont cependant pas de simples réformes techniques, car elles touchent à l’équilibre des pouvoirs au sein des institutions politiques et visent aussi à répondre aux attentes de la société civile, qui expérimente aujourd’hui d’autres modes de participation politique que la seule participation électorale.
Lire la suite « Des économistes en quête de souffle démocratique »Les élections municipales, respiration démocratique ?
En un temps où la vie politique nationale étouffe dans les impasses où elle s’est égarée, les élections municipales offrent-elles un moment de respiration démocratique ? Une régénération par la priorité aux affaires et aux intérêts locaux, là où des compromis positifs peuvent s’esquisser entre des partenaires liés par un même ancrage territorial ? [pdf téléchargeable du texte ici]
Lire la suite « Les élections municipales, respiration démocratique ? »La malédiction de l’architecte
Dans les années 1980, je passais assez régulièrement, pour des raisons professionnelles, par la grande dalle de la Défense (31 ha !), ventée et minérale, pas du tout convaincu par cet urbanisme d’affaires qui résonnait de fait avec l’époque. Je suis allé quelquefois dans le labyrinthique centre commercial des Quatre Temps, en m’y perdant. Et puis, lorsque j’ai vu s’ériger la Grande Arche (un quasi-cube ajouré de 110 mètres de côté), j’ai trouvé que c’était plutôt une bonne idée pour donner un autre souffle à ce quartier, ainsi rattaché à la perspective de l’axe historique parisien courant du Louvre à l’arc de Triomphe mais aussi ouvert, de l’autre côté, sur la banlieue nanterroise (les portes de Paris qui passent sous le périphérique sont en général fort déprimantes). Et lorsque l’arche fut achevée en 1989, j’ai trouvé en effet que la sublimation était réussie – même si les aléas de tous ordres ont empêché que l’édifice soit pleinement approprié par les Franciliens.
Lire la suite « La malédiction de l’architecte »Berlinguer, la nostalgie d’un échec
Une soirée de nostalgie cinématographique. Mais que choisir ? Le couple Montand-Signoret (« Moi qui t’aimais », de Diane Kurys)? Non, un homme de la même génération, car tous nés au début des années 1920, mais en nettement moins glamour : « Berlinguer, la grande ambition », du cinéaste italien Andrea Segre. Qui se souvient d’Enrico Berlinguer ? Les Italiens sûrement et, d’ailleurs, le film fut un grand succès en Italie à sa sortie en 2024. En France, il le sera inévitablement beaucoup moins, mais mérite d’être vu, ne serait-ce que pour avoir une sensation de saveur de l’Italie des années 1970. Le film incorpore nombre de pièces d’archives qui rendent cette saveur.
Lire la suite « Berlinguer, la nostalgie d’un échec »Pordic, entre bourg et ville
Dans les débats qui animent la commune de Pordic et son devenir, surgit de manière récurrente la question de savoir si elle doit rester un bourg ou accepter plus résolument un destin urbain de ville à part entière [article en pdf téléchargeable ici].
Lire la suite « Pordic, entre bourg et ville »Les Etats-Unis dans tous leurs états
Je me suis laissé entrainer par mes petits-fils à aller voir le dernier Superman, lequel n’a jamais été ma tasse de thé depuis qu’enfant, j’en suivais les aventures en BD feuilletonnesque dans le quotidien régional que lisaient mes parents. J’avais mis un temps à comprendre que Clark Kent était l’avatar terrestre de Superman (comme Don Diego pour Zorro). J’ai donc vu le film de James Gunn et je me suis pris au jeu. Il faut dire que la débauche d’effets spéciaux enchainés tambour battant dans des paysages fantasmagoriques, au voisinage de la vitesse de la lumière, vous embarque sans coup férir et ne vous laisse pas de répit : on ne s’endort pas.
Lire la suite « Les Etats-Unis dans tous leurs états »L’humour au temps de la guerre, technique de survie
Quand on devient familier d’un écrivain parce qu’on l’a lu depuis longtemps et régulièrement, fidèle au rythme et au style de ses publications, cette familiarité reste cependant quelque peu abstraite, comme celle d’un personnage un peu fantomatique qui vous accompagne sans que, comme lecteur, on puisse le connaitre vraiment. Et lorsque l’occasion se présente, c’est un peu comme si rencontrer le romancier, c’était aussi rencontrer un personnage de ses romans. Andreï Kourkov, romancier ukrainien de langue russe né près de Leningrad et citadin de Kiev, passant désormais à l’écriture en ukrainien notamment dans ses livres pour enfants, est un écrivain dont le personnage attachant confirme l’humanisme teinté d’une douce ironie qui émane de ses livres.
Lire la suite « L’humour au temps de la guerre, technique de survie »Le prototype du tyran autocrate ou Suétone lu par Roger Vailland
Un jour lointain, lycéen d’une douzaine d’années, je reçus, comme prix de version latine, un livre qui n’était pas tout à fait de mon âge, des extraits choisis de la chronique de Suétone, Les douze Césars, commentés par l’écrivain Roger Vailland, qui relataient en détail les mœurs et les vices des dits Césars. J’avais déjà eu l’occasion de travailler en classe de latin sur d’autres textes moins scabreux de Suétone, mais la lecture de ces extraits-là me déconcerta quelque peu, je montrai le livre à ma mère qui, horrifiée, voulut me l’arracher mais c’était mon prix et je le gardai rageusement. Je l’ai conservé précieusement jusqu’à aujourd’hui, le feuilletant parfois, et je viens de le relire exhaustivement. Peut-être parce qu’il contenait cet avertissement final de Roger Vailland : « Prudent Suétone. Il nous a quand même dit tout ce que nous devions savoir de nos futurs cauchemars ». Ce livre était-il arrivé dans mes mains par intention ou par inadvertance d’un responsable de la distribution des prix ? Je n’en saurai jamais rien… [texte en pdf téléchargeable –> ici]
Lire la suite « Le prototype du tyran autocrate ou Suétone lu par Roger Vailland »Forcer le destin, au féminin (trois films)
L’ouragane (Germaine Richier)
Voilà trois films vus en ce début 2025 qui, parlant de lieux et de moments distants et empruntant des styles narratifs différents, n’ont, au premier degré, pas grand-chose à voir entre eux. Ils partagent pourtant un trait majeur, en traçant le portrait de femmes confrontées à des situations qu’elles n’ont pas choisies mais qu’elles se refusent à subir, chacune à leur façon (pdf téléchargeable du texte –> ici).
Lire la suite « Forcer le destin, au féminin (trois films) »Californie, rêve et cauchemar
Alors que la toute proche élection présidentielle aux Etats-Unis suscite l’attention et la tension, en n’étant pas de l’ordre d’une possible alternance classique mais en exacerbant les fractures de la société américaine, voilà qu’un roman, de l’autrice française Nina Leger, jette un regard vif et acéré sur une part de cette réalité américaine, traversée de violents contrastes socio-géographiques, sa part californienne.
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