La fabrique des prophètes

Vierge à l’enfant (Andrea Mantegna, Galleria Sabauda, Torino)

Voici deux romans, lus récemment et, presque par hasard, coup sur coup, qui racontent la même histoire en des temps et des lieux distincts, et selon des styles narratifs bien différents. Dans chaque cas, un clan, qui fait s’enchevêtrer des liens familiaux, amicaux, professionnels, religieux, idéologiques, décide d’inventer ou de fabriquer un prophète, tel un golem, mais bien humain et vivant. Le prophète est l’élu du clan, pas toujours son membre le plus intelligent ni le plus cultivé mais celui qui, tôt paré d’une aura mystique et apparemment pourvu d’un charisme efficace, saura asseoir son emprise sur le clan, guider son destin et en propager l’influence, quitte à faire preuve opportunément d’une habile capacité de manipulation. Les idéologues du clan nourriront les cogitations et les prêches du Maître et trouveront les justifications convaincantes de ses comportements parfois déroutants et les explications savantes de ses crises mystiques. Le clan se dote de cohérence spirituelle et de solidarité matérielle pour affirmer sa présence, son unité, sa capacité d’expansion contre d’autres communautés hostiles. L’odyssée du clan et son prophète emprunte la voie d’une longue marche nomade, couvrant plusieurs décennies, dont les stations géographiques sont autant d’occasions de mises à l’épreuve temporelles de la mission prophétique. Les motivations du clan ? Le besoin ressenti d’émancipation, à la fois spirituelle et sociale, à l’égard de communautés d’appartenance plus larges, aux traditions jugées surannées et oppressantes, loin de la vérité à conquérir ; l’anxiété engendrée par un monde changeant et incertain, qui incite à trouver des réponses inédites aux problèmes qu’il pose, quitte à en chercher les prémices dans le nébuleux et légendaire passé lointain.

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