A cheval, par la Bretagne buissonnière

Cette année 2026, la traditionnelle randonnée équestre costarmoricaine, la « Costa » des habitué.e.s de l’ACECA, a emprunté les chemins buissonniers du Centre Bretagne, au nord-ouest du lac de Guerlédan. En voilà une brève chronique, agrémentée de photos prises au vol, chaque groupe de photos étant introduit par la carte de l’itinéraire du jour. Il faisait chaud durant cette Costa, très chaud même puisque la canicule a resserré sa morsure au fil des jours. Il a donc fallu adapter en conséquence les allures et veiller au repérage des points d’eau pour rafraichir aussi régulièrement que possible chevaux et cavaliers.

De Gouarec à Glomel, la platitude du chemin de halage qui longe le canal de Nantes à Brest et la régularité de ses courbes furent une entrée en matière plutôt bienvenue. C’est un havre de relative fraicheur au fil de l’eau, bien abrité sous les frondaisons, agréablement ventilé par une douce brise. A l’approche de Glomel, un champ de blé noir en floraison toute blanche sur fond vert rappelle que le sarrasin revient à la mode. « Gryka, jak śnieg biała… », « sarrasin, blanc comme neige… », une amie d’origine polonaise me cite un vers du poème épique « Pan Tadeusz », d’Adam Mickiewicz, grand romantique polonais. Et le sarrasin est à l’honneur dans les tableaux du peintre Lucien Pouëdras, si attentif à une vie paysanne disparue et au rythme des saisons. Parmi les photos, il y en a un, de ces tableaux, issu de l’exposition au château de la Roche-Jagu, La mémoire du peintre, jusqu’à la fin septembre 2026.  

Au deuxième jour, une fois délaissées les brumes matinales de Glomel, il faut franchir, direction nord, la « grande tranchée », aisément mais en mettant pied à terre, car la résonance de la passerelle métallique ne rassure pas les chevaux. Cette tranchée ne fut pas creusée par des poilus mais par des bagnards de Brest car c’est le segment sommital du canal de Nantes à Brest qui fait communiquer les bassins du Blavet et de l’Aulne. Et ensuite, ce sont les champs, les champs du centre breton, même des champs de lin tout juste moissonnés, et aussi quelques lieux décalés, avant d’atteindre la crête granitique des landes de Locarn où poussent les menhirs, encore marquées par les incendies passés, tandis que s’élève du côté des monts d’Arrée un inquiétant départ de feu, apparemment vite maîtrisé. Avant d’arriver à Callac, c’est la bonne surprise de l’accueil chaleureux au lieu-dit du Cosquer pour rafraichir chevaux et cavaliers par cette journée vraiment très chaude. Et la providence divine est là pour offrir un montoir improvisé au cavalier impénitent.

Au centre de Callac trône, immortalisé, Naous, fier archétype du cheval breton, étalon pourvoyeur d’une nombreuse descendance, célébré par les éleveurs bretons. Mon cheval EhYou prend la pose mais ne fait visiblement pas le poids. Puis, sur le chemin en direction de Plouguever et Loc-Envel, un autre étalon, cornu et bossu celui-là, nous examine avec circonspection. Les petits groupes entre lesquels se répartit la quarantaine des cavaliers se rejoignent sur les routes exposées au soleil trop ardent, qui n’incitent pas à diversifier les allures. Heureusement, les chemins creux, dont les talus tiennent les arbres et les arbres les talus, sont une technique de captation de l’ombre et de la fraicheur, dont il faut souhaiter qu’elle perdure en étant suffisamment entretenue. Une halte bienvenue et rafraichissante nous attend au château Coat An Noz, caché dans la forêt du même nom, avant le repos final dans la verdure à proximité de Loc-Envel.

L’étape de Loc-Envel à Plougras s’amorce par la vallée du Guic, vif affluent du Leguer qui va rejoindre la mer du côté de Lannion. Puis elle traverse la forêt de Beffou, aux hautes futaies, vallonnée et quadrillée par de belles allées cavalières. Le repérage des points d’eau est précieux par cette journée caniculaire et, lorsqu’ils sont localisés dans des propriétés privées, les propriétaires des lieux ont l’accueil sympathique et généreux. Au demeurant, dans ces coins plutôt vides, ils sont bien contents de rencontrer des visiteurs imprévus, à qui ils aiment raconter des bouts de leurs vies. Le randonneur prévoyant emmène aussi de quoi bûcheronner léger. Le soleil s’est couché tard à Plougras, dont le clocher égrène les heures de la nuit.

Sur la route du retour de Plougras à Loc-Envel, un graffeur a laissé sa trace sur le mur d’un hameau perdu. Et trois cavaliers seniors sont allés tenter une cure de jouvence en déjeunant frugalement dans le frais abri mis à disposition auprès de la chapelle Sainte-Jeune, habilement dissimulée dans la végétation. Là ils ont partagé le temps de leur casse-croûte méridien avec un jeune travailleur leur disant qu’il allait, cet après-midi même, nettoyer l’intérieur d’un silo chez un agriculteur. Par une température extérieure approchant les 35 degrés, aller passer son après-midi dans un silo métallique ? C’est comme aller dans un four à pain en pleine cuisson. Nous lui avons conseillé d’y réfléchir à deux fois.

De Loc-Envel à Tremargat avec l’escale d’un soir à Bulat-Pestiguien, c’est une Bretagne buissonnière, une alternance de champs disciplinés et de friches ensauvagées, de forêts profondes et de rivières vives, de vallons noyés sous la végétation et de collines granitiques, où des boules de granit sont comme déposées par des géants jouant à la pétanque. Ici et là, cependant, des arbres souffrent et des étangs s’eutrophient. C’est une Bretagne conviviale, avec des bistrots enfin, celui de Bulat-Pestiguien d’abord où locaux habitués et visiteurs cavaliers se sont regroupés pour regarder l’affrontement footballistique France-Maroc finalement et heureusement fort civil. C’est le bistrot associatif de Trémargat, petit bourg qui entretient une tradition rebelle. La convivialité, c’est aussi l’empathie des habitants, serviables et disponibles pour hydrater les chevaux soumis à l’épreuve de la chaleur. Les chevaux ont tous bien conclu la randonnée, hydratés régulièrement, récupérant des après-midis torrides par des nuits restant fraiches, menés avec des allures raisonnables. Certains cavaliers terminent visiblement plus éreintés ! Le cavalier fatigué guette le clocher du village d’arrivée comme le marin le phare du port. Et, pour conclure la semaine, ce fut une soirée culinaire brésilienne à Trémargat. Grand merci pour cette conclusion à François Salliou, solide cavalier et jusqu’à récemment maire de Trémargat, où il est de tradition de laisser place après un mandat !

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