Social Thriller(s) : à propos du film de Stéphane Brizé, « En guerre »

Le film de Stéphane Brizé, son titre, sa matière et ses personnages, ne sont pas sans évoquer un précédent littéraire récent, le roman de Nicolas Mathieu, Aux animaux la guerre[1]. Dans ce roman, le drame de la fermeture de l’usine de sous-traitance automobile Velocia frappe une rude vallée vosgienne. Martel, le secrétaire du comité d’entreprise, relève le gant. Martel n’est pas une pure icône du syndicalisme, il porte avec lui son passé et ses ratés, ses potes un peu douteux et sa vieille mère malade. Un zeste de charisme, un sens des rapports de force, une volonté d’être en ont fait l’élu du personnel, dépositaire de la confiance de ses collègues. Lourd fardeau. Il affronte la direction de l’entreprise et ses émissaires parisiens, dont l’avenante DRH, non sans pragmatisme ni quelques arrangements. Mais, fauché, il va s’embringuer, parallèlement au drame social, dans une drôle d’histoire, à ses risques et périls, jusqu’à réveiller les remugles de la guerre d’Algérie et l’ire des réseaux de proxénétisme. Sa relation avec l’inspectrice du travail en charge de l’entreprise, forte tête empathique et obstinée, n’en sortira pas indemne. Autour, des familles quelque peu déglinguées, des  jeunes plus ou moins décrocheurs, qui oscillent entre la rage de vivre et la perdition. Lire la suite « Social Thriller(s) : à propos du film de Stéphane Brizé, « En guerre » »

Les enfants rebelles du paritarisme

La réforme de la formation professionnelle, annoncée ce lundi 5 mars 2018 par la Ministre du Travail Muriel Pénicaud, est présentée comme une « réforme systémique » allant au-delà de l’accord national interprofessionnel du 22 février sans pour autant le renier. Savoir si, par la méthode comme par le contenu, elle sonne le glas du paritarisme gestionnaire prendra un peu de temps[1]. Mais il est utile de revenir sur quelques aspects de la généalogie de cette réforme pour apprécier l’ambition et la résolution des artisans du big-bang. Lire la suite « Les enfants rebelles du paritarisme »

Le syndicaliste, l’élu et l’expert

A.R. Penck, Grand Tableau-monde, 1965

J’ai publié ce texte en avril 2016 sur le réseau LinkedIn, au moment des controverses sur la loi El Khomri réformant le marché du travail. Je le reprends ici car les ordonnances adoptées dès le début du quinquennat d’Emmanuel Macron (voir l’analyse de Jacques Freyssinet sur La genèse des ordonnances portant réforme du Code du travail) aiguisent encore plus un enjeu qui traverse, depuis trois à quatre décennies, le paysage social français : la décentralisation de la négociation collective vers l’entreprise et la portée prédominante que prend la négociation d’entreprise interpellent la capacité de l’acteur syndical à s’emparer à bras le corps de cette négociation et à peser sur ses résultats. Or il n’y a rien de moins évident que l’empowerment (ce terme né aux Etats-Unis qui désigne le gain de capacités, d’autonomie, de pouvoir) du syndicalisme local, ancré dans l’entreprise. Lire la suite « Le syndicaliste, l’élu et l’expert »

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